Carnets de voyages

La Mauritanie

Novembre 2003-janvier 2004

Bonjour à tous, vous nous avez manqué !

 

  • Rencontre avec un peuple à part : Comme vous le savez, nous sommes à Ain Ehel Taya : le puits de la famille Taya, et celle du président de la république islamique de Mauritanie, M. Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya.

L'une des premières choses que l'on remarque en vivant ici est le calme des habitants. Notre premier contact avec la population a été marqué par les codes qui régissent la vie courante : par exemple, les hommes se saluent en se serrant la main mais la refusent gentiment aux femmes qui se saluent entre elles (Mimi a eu du mal à s'y faire au début).

Toute visite est introduite par la cérémonie du thé vert à la menthe que l'on prépare devant l'invité et qu'on lui sert à (au moins) trois reprises ! Les femmes, toutes les femmes, portent un « mèhlefe », grand tissu coloré, enroulé avec art autour du corps et sur la tête. Quant aux hommes, ils portent des « daraa », boubous de couleur unie qui flottent au vent et un turban appelé « chech » noué autour de la tête.

 

Nous avons lié amitié avec les gérants du musée d'Atar, également enseignant et directeur d'une école de la ville. Objets typiques, textes et dessins sur chaque aspect de la vie des nomades : leur initiative est remarquable. Ils ont eu l'idée d'ouvrir ce musée (le seul de la ville) pour expliquer la culture mauritanienne aux nombreux touristes qui viennent faire des circuits dans le désert.

Nous avons récolté des informations sur la culture mauritanienne (dont nous ignorions presque tout).
Cela fait l'objet d'un dossier (lois des castes, vie des nomades, plantes médicinales ou mortelles…).

 

  • Plusieurs « mouchkil » (problèmes) : L'échange que nous souhaitons créer avec les enfants se heurte à plusieurs problèmes. Celui de la langue d'abord : contrairement à ce que nous pensions, les enfants parlent très peu le français. La langue officielle est le hassanya, un dialecte très proche de l'arabe classique. Le français était, jusque dans les années 80s, utilisé dans la plupart des cours. Ensuite, sont venues des réformes et le français a presque disparu de l'enseignement de base.

Depuis quelques années, il est de nouveau enseigné à partir de la 2e année du primaire, mais les enfants ont beaucoup de difficultés car peu de gens parlent le français dans leur entourage. Il faudra encore attendre probablement la génération suivante pour que les gens se réhabituent au français, d'autant que la méthode d'enseignement ne semble pas très adaptée. Rares sont les jeunes du collège ou du lycée qui maîtrisent suffisamment le français pour discuter avec nous sans un interprète.

A Ain Ehel Taya, tout le monde n'a pas encore l'électricité ni le téléphone et encore moins l'Internet ! Pour l'électricité, nous pouvons acheter le gasoil nécessaire pour démarrer un groupe électrogène durant quelques heures.

Pour l'internet, il n'y a que Atar dans toute la région, et c'est à 40 Km d'Ain. Il y a un cybercafé, un seul, où nous avons passé de nombreuses heures à essayer de comprendre pourquoi la connexion au site jade-as.com (ancien nom du site) est IMPOSSIBLE !

C'est un problème de réseau. Il est difficile, dans ces conditions de maintenir le contact via le site avec les jeunes désireux de communiquer avec nous et les élèves qui discutent sur le forum !!!
Qu'à cela ne tienne, nous continuons de rencontrer des professeurs et des élèves, tout en espérant que le problème d'internet sera résolu un jour. Au pire, il reste les e-mails.

 

  • Echanges avec les jeunes : Après une présentation de notre projet dans les classes du collège/lycée d'Ain Ehel Taya, une trentaine de jeunes sont venus nous rendre visite dans la maison du maire. Au programme : les photos de notre périple au Maroc, les vidéos de présentation vidéo de Paris et du collège Henri Dunant... et de la musique bien sûr ! On chante et on danse, à défaut de pouvoir discuter.

Par la suite, nous avons pu faire, avec ceux qui comprennent le mieux le français, une initiation à internet et allons filmer la vie du village et une présentation du groupe scolaire en leur compagnie ! Nous avons saisi l'occasion d'un déplacement à Atar pour visiter l'école des responsables du musée.
Les classes ne sont pas mixtes mais une trentaine d'élèves (filles et garçons) sur les 850 nous ont reçu : chants en arabe et en français (nous leur avons appris une chanson), jeux (souvent les mêmes qu'en France) photos et contes. Si vous demandez aux garçons de vous citer 3 pays étrangers, ils répondent sans hésiter : Argentine, Brésil et France - merci à Maradona, Ronaldo et Zidane !

A quelques dizaines de mètres de cette école se trouve l'Alliance franco-mauritanienne d'Atar. Dans ses locaux, nous avons fait un spectacle de contes musicaux devant les jeunes adultes qui apprennent le français et leurs professeurs (c'était un grand moment d'émotion !). Nous y retournerons le 27 décembre pour une soirée de « causerie » sur le thème du conte, avec un plus large public. Selon certains, le conte n'est pas assez estimé dans la culture mauritanienne...

 

  • Notre vie au quotidien : Nous retrouvons le plaisir de faire la cuisine (vive les boîtes de conserve !). Mimi fait des beignets au poisson avec des légumes ou des beignets sucrés et Fabrice... les mange. Il s'y est mis aussi et ça convient parfaitement à la petite Raja, la petite fille de 4 ans du gardien de la maison où nous vivons et elle en rafole.

A l'occasion de la venue de M. Ould El Vil accompagné de quatre Français, nous avons visité les sources « chaudes » de Terjit (magnifique oasis entre deux montagnes), une palmeraie et nous avons pu goûté à la cuisine mauritanienne : du mouton préparé avec génie et accompagné de riz - des petits légumes avec du chameau et des crêpes (un délice). Après ça, on ne regarde plus les chameaux de la même manière... Nous avons appris à manger avec la main et aussi à ne pas nous jeter sur le plat que l'on nous présente car, ici, il y a toujours un second plat qui le suit !

L'auto-stop est notre principal moyen de déplacement car les taxis qui relient Ain à Atar ne font que deux allers-retours par jour.
Le soir, nous avons l'habitude de nous retrouver au poste de police, à la sortie d'Atar, et les agents demandent à chaque conducteur qui passe s'il peut nous déposer au village (ça marche neuf fois sur dix !). Dans le taxi, quand on peut en avoir un de Ain vers Atar, nous sympathisons avec les villageois et ...Fabrice échange des regards affectueux avec les chèvres qui sont quelquefois du voyage ! Photo à l'appui.

 

A défaut de pouvoir mettre de site à jour depuis la ville d'Atar en Mauritanie, nous avons envoyé cette news, par e-mail, aux personnes inscrites dans notre carnet d'adresses.

La voici, en couleurs et en images :

 

[] Un paysage étonnant : La région de l'Adrar est connue pour ses paysages magnifiques où s'alternent des canyons, des montagnes, des plateaux, des dunes de sable, des rochers et de la végétation. Une mère de famille nous a affirmé que c'est la première fois qu'elle voit autant de verdure sur les plateaux et les montagnes environnantes, car cette année, les pluies ont été abondantes.

Si c'est un bienfait dans cette région désertique, cela a aussi causé d'énormes dégâts dans les infrastructures : les maisons et les magasins construits en « banco » (argile) et certaines routes goudronnées n'ont pas résisté aux torrents formés par l'eau des montagnes/plateaux. Comment vous dire : Ain se trouve dans une vallée. Autour, il y a des montagnes qui - dès que l'on y accède - s'avèrent être des plateaux très larges, surplombés eux aussi par des montagnes qui - dès que l'on y accède... La solution est en projet : des barrages pour protéger les habitations et retenir l'eau précieuse.

En parlant d'eau, savez-vous qui a financé l'installation des deux éoliennes qui alimentent le village en eau potable ?

Eh bien c'est le Conseil Général des Hauts de Seine (la région de France d'où nous venons) - mieux - c'est un des techniciens de ce chantier qui nous a communiqué le contact du maire par internet ! Grâce au vent qui souffle particulièrement fort dans cette vallée, les éoliennes produisent de l'électricité, ce qui permet à des pompes d'extraire l'eau du sous-sol.

 

[]Noël dans le désert ? : En Mauritanie, le 25 décembre est un jour comme les autres , aussi, nous avons décidé de faire quelques jours de balade à pied dans les grandes étendues - côté dunes - pour mieux appréhender le Sahara et la vie des nomades. Nous passerons Noël 2003, sans sapin mais avec un beau ciel étoilé, au milieu des dunes de sable, snif ! Une petite expédition avec une chamelle (pour les bagages), un chamelier et un guide, inch Allah, la semaine prochaine. Nous irons ensuite à Nouakchott, la capitale, pour clore notre visite de la Mauritanie. Nous tenterons là-bas une mise à jour du site avec des dossiers, des photos et des contes savoureux !

 

[]Chinguetti l'ancienne : La dernière newsletter s'arrêtait juste avant notre départ pour Chinguetti et le désert de sable.
Nous ne pouvions pas séjourner dans la région de l'Adrar sans visiter cette ville mythique, 7e ville sainte de l'Islam. Très ancienne, elle est encore actuellement un centre de rayonnement religieux et culturel dans tout l'ouest africain. Elle fût également sur la route des caravanes, qui permettaient les échanges commerciaux entre l'orient et l'occident, notamment le commerce de l'or.

La partie la plus ancienne de la ville est entourée par les dunes de l'Ouarane, et le sable gagne peu à peu du terrain. Certaines maisons sont presque entièrement ensevelies par ces dunes mouvantes !
Chinguetti est surtout connue pour sa mosquée dont le minaret, construit au 10e siècle et entièrement en pierre, est le symbole de la Mauritanie. Elle est également connue pour ses bibliothèques qui renferment de nombreux manuscrits anciens. Après quelques heures de visite, nous prévoyons une marche de 4 jours dans le désert avec un chamelier et deux chameaux. Le départ est prévu pour le lendemain... qu'à cela ne tienne, nous visiterons mieux Chinguetti au retour.

 

[]Quatre jours au milieu des dunes:
A l'aube, dès le chant du muezzin, Mohamed, notre guide, nous attend avec les deux chameaux. Nous chargeons les affaires nécessaires pour 4 jours : couvertures pour la nuit, habits, casseroles, couverts, deux jerricans d'eau, l'indispensable provision de thé, et la nourriture bien sûr : boîtes de conserves de petits pois et de sardines, riz et oignons.
Notre première surprise est le cri du chameau quand Mohamed le charge : un râle profond mêlé d'un gargarisme… avec une haleine, comment dire… sympathique. On ne prend pas de tente, car il n'y a pas beaucoup de vent en cette période.

En deux heures de marche, nous sommes déjà au milieu d'un magnifique océan de sable, dont les dunes, d'un jaune lumineux, font penser à des vagues figées. Le contraste avec le ciel d'un bleu profond est saisissant. Vers midi, nous arrivons à l'oasis de Gueïla, et nous prenons un bon repos à l'ombre des palmiers. Quand nous repartons, nous réalisons ce que veut dire un soleil de plomb dans le désert. On a l'impression d'être dans une poêle géante ! Fabrice ne regrette pas le chech (turban) qu'il a acheté la veille à Chinguetti ! Nous devinons ce que ça doit être pendant l'été.
Nous allons ainsi marcher environ 5 heures par jour en faisant une pause aux heures les plus chaudes et dormons le soir à la belle étoile. Les repas sont préparés au feu de bois, que nous trouvons dans les environs.
La marche est plus difficile que sur le sol dur car on s'enfonce un peu à chaque pas. Mais la vue est tellement splendide que l'on en oublie presque la fatigue. Le sable peut prendre différentes teintes, qui vont du blanc à l'orange, et même au rouge par endroits. Parfois, nous débouchons sur des grandes plaines caillouteuses, entourées de dunes. On rencontre également des arbres et de la verdure dans de nombreux endroits, et cette année a été abondante en pluie. Les gens disent qu'ils ont de l'eau pour 5 ans !

Nous rencontrons des bergers, et quelques campements dans les plaines. Il n'est pas rare de rencontrer des animaux : oiseaux, insectes, quelques moutons sauvages, et d'autres petits animaux non identifiés. Des ânes sont utilisés pour le transport des vivres, mais l'animal le plus adapté au désert reste sans conteste le chameau, avec ses pattes très longues aux extrémités larges, et son autonomie impressionnante : il peut rester 3 jours sans boire en été et… 5 mois en hiver !
Faire du chameau est une expérience originale : on y monte quand il est couché, puis il se relève en commençant par les deux pattes arrières. Quand il est debout (si vous n'êtes pas tombé pendant l'opération), vous culminez à environ 2 m 50 de haut.
Lorsque nous nous reposons, les chameaux sont laissés libres avec les pattes avant entravées par une corde. Ils ne se déplacent donc que très lentement, pour aller chercher du pâturage. Mais le plus souvent, le matin, ils sont loin : il n'est pas rare que Mohamed les cherche pendant plus d'une heure !

Le dernier soir, nous arrivons dans un petit village nommé Aber, et nous avons droit à une nuit dans une petite maison, ce que nous apprécions, car au cœur de la nuit, il fait quand même bien froid !
Le lendemain en fin de matinée, nous sommes de nouveau à Chinguetti.
Nous avons rendez-vous à Atar en soirée pour participer à un débat à l'Alliance franco-mauritanienne, et le seul taxi de la journée part… maintenant !
A grand regret, sans avoir le temps de nous laver (eh oui, nous ne nous sommes pas lavés pendant 4 jours car c'est un luxe d'utiliser notre provision d'eau pour se laver dans le désert !), nous quittons précipitamment Chinguetti, que nous n'aurons que très peu visité.